ABSTINENCE SEXUELLE

Dans ces temps troublés et mouvants se déculpabiliser :

FEMME ACTUELLE LE MAG

Le 16 septembre 2020 

 

Abstinence sexuelle,

Pourquoi tant de honte ?

Du fait de l’absence d’homme dans notre vie, nous sommes privées de galipettes à deux. Si l’envie nous prend de ressentir encore les coquins frissons de l’excitation malgré la solitude, voici quelques pistes à creuser.

Depuis quelques mois, quelques années même, nous n’avons plus fait l’amour. Allons-nous laisser notre libido tranquillement s’assoupir ou avons-nous envie de la maintenir active ? À chacune ses désirs : en matière de sexualité, rien ne nous oblige à rien. « Pour certaines femmes, l’absence de relations intimes n’occasionne ni manque ni frustration : ce n’est pas un sujet pour elles. D’autres, en revanche, ne souhaitent pas clore le dossier sous prétexte qu’elles n’ont pas de partenaire. Elles veulent maintenir en elle cette énergie sexuelle qui les fait se sentir vivantes », insiste Valérie Cordonnier, sexothérapeute. Si nous faisons partie de cette deuxième catégorie qui n’entend pas éteindre la lumière et fermer la porte, comment nous y prendre ? On revisite nos grands classiques, tout simplement.

Mon cinéma en solo

Lorsque nous étions en couple, nous avons pu utiliser les fantasmes comme des remèdes à une libido paresseuse : des scénarios érotiques auxquels nous nous accrochions avant une relation pour nous donner envie d’avoir envie, ou pendant, pour parvenir plus facilement à l’orgasme. Maintenant que nous partageons notre intimité qu’avec nous-même, nous pourrions bien découvrir un tout autre versant de nos rêveries érotiques, plus riche et inattendu. « Quand on fantasme sans obligation de résultat et sans enjeu, pour le seul plaisir de s’immerger dans un bain de sensualité et de sexualité, on déclenche un imaginaire beaucoup plus libre. On n’est plus dans le scénario ‘presse-bouton’ facile et efficace, dont on sait qu’il marche à tous les coups, mais plutôt dans une rêvasserie potentiellement très inventive et jouissive », encourage Valérie Cordonnier. Autrement dit, fantasmer en solo et sans passage à l’acte en perspective pourrait nous conduire à une créativité sexuelle qui n’avait pas eu l’occasion de s’exprimer jusque-là. Une forme d’introspection plutôt réjouissante, non ?

Ma petite tambouille personnelle !

Le corps n’est pas un objet dont on assure la maintenance et l’hygiène, mais un sujet dont on accueille les envies. Alors, oui à la masturbation mais seulement si cette perspective nous excite et nous enchante. Pas question d’en faire un passage obligé. Et de grâce, surtout pas sur un mode semi-honteux, comme un pis-aller en attendant le prince charmant qui, un jour, viendra nous délivrer de notre désert sensuel ! « Il n’y a aucune raison d’envisager la masturbation comme la sexualité de la pauvresse : cela peut être une activité pleine et entière, tournée vers une extrême intimité. À certains moments de son existence, on vit une sexualité à deux. À d’autres, c’est de soi à soi », souligne la sexothérapeute. Voyons-y aussi un avantage incommensurable : la liberté totale, absolue. La masturbation, c’est quand on veut (en rangeant les courses si ça nous prend), où on veut (dans le lit, sur le canapé ou dans la baignoire), sans la moindre contrainte (pas besoin de revêtir sa nuisette sexy ou d’être parfaitement épilée). « Quand on pratique une sexualité solitaire, on est à l’écoute de son propre désir, jamais obligée de se fondre dans celui de l’autre. Ne plus être astreinte aux compromis peut faire beaucoup de bien », observe-t-elle.


Mes séquences séduction pour le plaisir

Nous n’avons aucune intention de faire entrer un nouvel homme dans notre lit car nous nous épanouissons pour l’instant dans notre célibat. Et alors, est-ce une raison pour renoncer aux jeux de séduction ? Sûrement pas. « Le regard d’un homme qui nous effleure, le sourire discret ou le compliment respectueux qu’il peut nous adresser sont autant de petits riens qui nous permettent de continuer à nous sentir désirables. Encore faut-il les remarquer quand on les croise et savoir les accueillir en toute simplicité, sans en prendre ombrage ni s’affoler ! Or, lorsqu’on ne partage plus de sexualité avec un homme, on peut avoir tendance à perdre le mode d’emploi et ne plus savoir gérer ces ambiguïtés propres à une situation de séduction. Et donc à les fuir », constate Valérie Cordonnier. Quel dommage… Secouons-nous un peu et osons renouer avec le badinage, en toute légèreté et en nous ôtant de l’idée que cela pourrait nous engager à quoi que ce soit. Prenons-le pour ce qu’il est : un amusement pour faire naître en nous une délicieuse excitation et, pourquoi pas, nourrir nos futurs fantasmes. Rien de plus.

Haut les cœurs avec mon corps

Attention tout de même à ne pas laisser notre corps se dissoudre dans l’abstinence. Comment ? Sachons faire preuve avec lui de bienveillance et déployons les grands moyens pour lui prouver que nous ne l’oublions pas. « On peut le valoriser grâce à de jolies tenues choisies avec soin, plutôt que de se cantonner à des vêtements pratiques et confortables. On peut le mettre en mouvement grâce à des activités agréables, comme la danse. On peut le masser avec une huile odorante, même en s’imaginant que c’est un amant qui nous caresse », suggère la spécialiste. Et puis parlons-lui, rassurons-le : tu as peut-être l’impression que tu n’intéresses plus les hommes, eh bien, sache que moi je t’aime et que je vais prendre soin de toi. Bizarre d’entretenir ainsi une telle conversation avec son nombril ? Peut-être mais très efficace pour l’empêcher de se barricader à double tour et se ratatiner !

Femme libre – vivre décoiffée

J’ai appris aujourd’hui qu’il faut laisser la vie nous décoiffer, c’est pourquoi j’ai décidé de profiter de la vie avec une plus grande intensité…
Le monde est fou. Définitivement fou…
Ce qui est bon, fait grossir.
Ce qui est joli est cher.
Le soleil qui illumine le visage le fait rider.
Et ce qui est réellement bon dans cette vie, décoiffe…


Faire l’amour, décoiffe.
Rire aux éclats, décoiffe.
Voyager, voler, courir, plonger dans la mer, décoiffe.
Se déshabiller, décoiffe.
Embrasser la personne aimée, décoiffe.
Jouer, décoiffe.
Chanter jusqu’à manquer d’air, décoiffe.
Danser jusqu’à ce que se demander si mettre des hauts talons ce soir a été une bonne idée , laisse les cheveux méconnaissables…
Donc comme toujours, chaque fois que nous nous voyions, je suis ébouriffée…
Toutefois, n’ayez aucun doute, c’est que je serai en train de passer les instants les plus heureux de ma vie.
C’est la loi de la vie : décoiffée sera la femme qui choisit d’aller dans le premier wagon de la montagne russe, et non celle celle qui choisit de ne pas y monter.


Il se peut que je me sente tentée d’être une femme impeccable, coiffée et bien repassée de l’intérieur et de l’extérieur.
L’opinion général de ce monde exige bonne présentation : Coiffe toi, tiens-toi, sors, achète, cours, maigris, mange sain, marche droit, sois sérieuse…
Et il serait peut-être bon de suivre les instructions mais quand donneront-elles l’ordre d’être heureux ?
On ne se rend peut-être pas compte que pour paraître belle , je dois me sentir belle… La personne la plus jolie qui puisse être !
La seule chose qui importe réellement est qu’en se regardant dans un miroir, on puisse voir la femme que l’on doit être.
C’est pourquoi ma recommandation à toutes les femmes et pourquoi pas aux hommes :
Donne toi à fond, Mange de bonnes choses, Embrasse, Enlace, Fais l’amour, Danse, Tombe amoureuse, Détends toi , Voyage, Saute, Couche toi tard, Lève toi tôt , Cours, Vole, Chante, Fais toi jolie, Mets toi à l’aise, Admire le paysage, Jouis , et surtout, laisse la vie te décoiffer ! ! !


Le pire qui peut t’arriver est de devoir, en souriant face au miroir, te recoiffer

Anonyme

Des maux du mâle : la fin du masculin ?


Au plein cœur de l’été, le temps s’écoule paresseusement.. des plages aux terrasses des villes, tous les magazines vous le répètent en boucle, c’est l’heure des peaux dénudés, des corps offerts à la chaleur, et aux regards. L’heure de la sieste sage ou accompagnée, l’heure des soirées langoureuses et de la drague tous azimuts. Le « grand chasseur mâle » a sorti sa tenue estivale et arpente les lieux de villégiature pour le plus grand plaisir des « femelles » éclatantes dans leurs bronzages et leurs mini tenues des grands soirs. Chacun joue sa partition dans ce bon vieux jeu du rapprochement, de la séduction pré formatée, du plaisir téléguidé et convenu qui – ils l’ont même dit aux informations nationales !! – est un élément essentiel de la vacance de l’être. Rassurant de voir et d’entendre que certaines choses ne sont pas menacées de disparition sur cette terre : dragueurs et dragués s’entendent encore pour jouer avec persistance et style et sans faillir le tango des périodes estivales.

Et pourtant sous cette apparente répétition immuable d’un jeu intemporel, les lignes bougent de façon plus ou moins visible. Le « grand mâle » conquérant et entreprenant pourrait devenir une espèce en voie de disparition… si si ils le disent même dans les journaux !!
Ce qui est certain c’est qu’en 2013 des hommes s’interrogent, s’inquiètent, explorent et tentent de remettre en question cette évidence si enracinée de la solidité de la sexualité masculine. Qui reposait tranquillement jusque là sur les supposés d’une nature masculine instinctuelle simple et mécanique. « Ils ont ça dans le sang depuis la naissance, à cause des hormones et faut s’y faire… »


Et si l’intense activité libidinale de cet été leur en laisse le temps, les hommes pourront trouver des éclairages multiples sur une sexualité qui se montre aujourd’hui complexe, multiple, et ….fragile. Et ce sont des hommes qui le disent !!!

Même si les bons vieux poncifs ont encore de beaux jours devant eux, comme le confirment nos spécialistes : Jacques ANDRE, professeur en psychopathologie, l’explique dans son dernier ouvrage (1), « malgré les évolutions de la société et notamment les bouleversements des relations entre hommes et femmes, l’inconscient, lui, n’a pas bougé. L’inconscient fait de la résistance, il est politiquement incorrect. » Celui là continue de promouvoir et faire vivre le distinguo des genres, quitte à créer des conflits chez l’homme moderne qui tente la réconciliation avec sa part féminine. Difficile conquête que celle de l’épanouissement de son identité sexuée.
Claude CREPAULT (2), sexoanalyste réputé le rappelle à son tour : « Hélas, je dirais qu’aujourd’hui comme hier on a tendance à réduire le désir sexuel de l’homme à un simple mouvement pulsionnel, à un état de tension qui doit faire appel à une décharge orgastique (modèle hydraulique). On sous-estime la complexité de la sexualité masculine. »
75 % des femmes pensent encore que les hommes, par nature, ont plus de besoins sexuels qu’elles, contre 60 % des hommes ! Pour la socio-démographe Nathalie Bajos, l’inégalité touche tout autant la sphère de la sexualité que les autres sphères sociales. Le désir masculin serait donc encore totalement prisonnier des représentations sociales. (4)


Mais Claude Crépault n’hésite pas à nous / leur montrer à ces hommes qui s’interrogent, une piste à suivre pour le moins dérangeante ! : « L’homme rentre dans le territoire d’Éros comme dans un refuge. Assez souvent, il se sert de la sexualité pour se réparer, lorsqu’il doute de sa masculinité notamment. C’est en réalité sa vulnérabilité qui intensifie sa libido. »
Piste qui finalement trouve tout à fait sa place dans l’environnement intime masculin actuel car oui … vulnérable il l’est cet homme moderne et de plus en plus. Revenons à Jacques ANDRE : « Avant la libération sexuelle, quand un homme séduisait une femme, souvent inexpérimentée, il ne subissait pas de pression quant à ses performances. Aujourd’hui, l’homme doit «assurer», car la femme a des attentes légitimes, vu les expériences qu’elle a déjà accumulées. » et pire encore : « Pour faire simple, les hommes sont perdus car ils ne peuvent plus distinguer la femme-maman qu’ils aiment et respectent, de la femme-putain qu’ils désirent, mais condamnent. »Et grâce à un autre sexologue bien connu, Sylvain MIMOUN (3), les futur(e)s dragué(e)s pourront rendre le défi plus acceptable en se rappelant à point nommé que « physiologiquement et psychiquement, un homme a toujours besoin d’être rassuré d’abord et stimulé ensuite. Il faut qu’il se sente en confiance pour avoir une érection » Mais mauvaise nouvelle sur ce thème là …le quotidien suisse « le Matin »(5) rapporte d’après une étude britannique, que la taille des sexes en érection a perdu 2,45 cm en 10 ans, alors que nos bras et nos jambes s’allongent ; enquête réalisée sur un échantillon de 20 000 hommes.
Finalement .. peut être qu’ il serait prudent de s’informer avant de partir benoîtement draguer .. ça devient ..un sport à haut risque, qui réclame quelques notions préalables…Peut être sommes – nous en train de vivre les derniers frémissements de ce jeu de la séduction masculin/féminin dans sa version traditionnelle. Quand l’automne ramènera la « rentrée » et le retour au « réel » que le terme sous entend, nous allons avoir à nous pencher un peu plus encore sur cette vision nouvelle qui pourrait progressivement remettre en cause tout ce que nous connaissons et analysons aujourd’hui de ces comportements sexuels genrés : la « théorie du genre » pour penser plus loin les identités sexuelles.
Laissons le mot de la fin au spécialiste parce que même si inconfortable, se questionner est toujours une avancée pour l’humain : « Ce que la sexualité masculine a perdu en triomphe […] elle l’a gagné en incertitude et en questions. » (1)

Références


(1) Sexualité masculine – Jacques ANDRE , PUF (Que sais je ?), 2013
(2) Sexualité masculine – Claude CREPAULT, Odile Jacob, 2013
(3) La masturbation rend sourd : 300 idées reçues sur le sexe – Sylvain MIMOUN, Ed First, 2013
(4) Mes questions sur le désir masculin – documentaire télévisé de Serge MOATI, France 5, 2013
(5) Quotidien LE MATIN, 6 juin 2013

Article paru dans Sexualités Humaines n°18 juillet/août/septembre 2013

Slow Sexe : what else ?

“Il importe plus de vivre sa vie que de courir après” E . Morin (mais d’autres l’ont dit avant lui)

Un été slow, slow, slow … c’est maintenant ou jamais !

Quel autre moment de l’année pourrait être plus approprié pour vivre la lenteur, que ce moment mythique bien – nommé : vacances.

Ce moment où nous sommes invités, conditionnés  à ralentir, à défaut de faire le vide, la totale vacance.

Mais la « Slow Life », le « slow mouvement » se veut bien plus que ça : un courant qui ces dernières années prend sa place et multiplie ses pratiquants dans tous les milieux après, comme beaucoup avant lui, s’être enraciné dans « l’underground » (n’est ce pas dans ce même sol que toutes les graines vivantes germent et croissent ?).

En réaction à la « Speed Culture », dans tous les nuances du mot anglo – saxon ( de la notion de vitesse à celle des molécules qui permettent au corps et au cerveau d’aller plus vite), et aux dégâts qu’elle provoque sur un grand nombre d’humains et de leur qualité de vie ; dans l’un de ces mouvements pendulaires qui rythme l’évolution de notre monde, est né ce qui est devenu maintenant un courant que l’on retrouve dans tous les pays riches : le « Slow Mouvement ». Qui démarra par le « slow food »  appelé à présent  « écogastronomie » : manger bien et en protégeant son environnement ;  sur l’initiative d’un critique gastronomique italien, Carlo Petrini, en 1989. A noter au passage, qu’il est  désigné en 2008 comme l’une des personnalités qui peuvent sauver la planète. Dans son sillage, se créent en Europe, aux Etats-Unis, au Japon des clubs de sauvegarde de la sieste, des associations de villes qui défendent un style de vie « slow » dans la cité, des regroupements de producteurs du monde entier, le « slow travel », et depuis 2002 le « Slow Sex » initiative italienne également, d’ Alberto Vitale. Enfin, en 2010, la Slow Science Academy publiait son manifeste (1).

Le « Slow Sex » se présente comme un apprentissage de la « décélération érotique ».

Et cet esprit anime de plus en plus souvent ces milliers de stages et séjours  à l’intention de couples en détresse en recherche de solutions pour réenchanter leur vie sexuelle.

Quelques uns interrogent dans ces ateliers sexologiques plus en profondeur cette notion de « lenteur » appliquée à la rencontre érotique. Tel ce thérapeute québécois : « Y a-t-il vraiment un début, un milieu et une fin à l’acte sexuel ? À partir de quel moment précis, de quel geste, considère-t-on qu’on commence et qu’on termine ?» ou encore son collègue sexologue, québécois lui aussi, qui questionne le dogme des années 60, au sujet du découpage de l’activité sexuelle en phases séquencées et immuables.

Carl Honoré (2) rappelle que l’activité sexuelle, subit elle aussi, le diktat de la culture du résultat qui la dévitalise dans une impasse paradoxale : en s’obnubilant sur l’orgasme aux dépens de toutes les occasions de jouissance offertes à chaque moment du partage.

Il rappelle aussi que l’attention au désir : comment le faire naitre, l’entretenir, le nourrir, les apprentissages sensoriels, le jeu avec les différentes phases de l’excitation et du plaisir, sont depuis quelques 5000 ans déjà les thèmes développés dans les écrits et écoles tantriques. Où dans sa forme la plus authentique, le Tantra propose la voie de la rencontre sexuelle comme chemin d’unité avec soi même, avec l’autre et avec l’Univers. Il n’est plus question là d’orgasme, mais de méditation : lenteur associée à la plus fine conscience.

Plus aisément, le Slow Sex  propose et permet de s’ouvrir à la remise en cause des normes qui ont généré habitudes et comportements ritualisés, tant, qu’ils en deviennent sclérosants. C’est s’autoriser enfin à prendre « le petit chemin qui sent la noisette », alors que jusque là nous  prenions l’autoroute. Il semble que le ralentissement s’applique à la pensée avant les actes : prendre enfin le temps de s’interroger, sur la nourriture comme sur la rencontre sexuelle. Le temps de réponses nouvelles, d’expérimentations, de créativité, d’adaptation, de personnalisation. Faire de chaque rencontre une œuvre d’art, aussi éphémère soit elle,  adaptée au moment, au potentiel de chacun dans l’instant, aux envies, aux idées, à la réceptivité. Une sexualité plus douce, sans « menu » préétablie, qui permet de déguster tout en respectant son environnement , mais aussi plus téméraire et frondeuse….

Tendresse, respect, variété, complicité …et les partisans du Slow Sex insistent sur cet aspect : le développement multisensoriel. La multisensorialité … : ceux d’entre nous qui pratiquent l’hypnose dans leur cabinet ne peuvent que l’approuver !

Alors nous sommes conviés à nous inspirer mutuellement pour recréer ensemble ce que les  musiciens appellent le « tempo giusto » : la cadence juste qui rythmera nos ébats pour en faire une harmonie de sens, de plaisirs et de découvertes. Pour jouer ensemble, dans tous les sens du terme !!

Références

(1) http://slow-science.org/slow-science-manifesto.pdf

(2)HONORE Carl – Eloge de la lenteur – trad française 2005 – Ed Marabout

DAEDONE Nicole – Slow Sex : The Art and Craft of the Female Orgasm, Hachette Digital 2011 

RICHARDSON Diana : Slow sex : the path to Fulfilling and Sustainable Sexuality

Article paru dans Sexualités Humaines n°14 juillet/août/septembre 2012

Les assistants sexuels : prostitution ou acte paramédical ?

Fin 2010 s’est tenu à Paris le 1er colloque abordant la question du « handicap et sexualité ».

Début 2011, est créée en France,  l’association CH(S)OSE à l’initiative du Collectif Handicaps et Sexualité, affichant clairement son objectif : « militer en faveur d’un accès effectif à la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap, notamment à travers la création de services d’accompagnement sexuel. »

En 2012, le rapporteur de la loi du 11 février 2005 sur le handicap, Jean François CHOSSY, continue de se battre pour un projet de loi qui légaliserait les interventions des assistants sexuels en France.

Ces temps forts ont et continuent de rythmer le combat actif que mènent depuis quelques années maintenant et de façon ouverte, entre autres, institutionnels et  associations d’aides aux handicapés pour la reconnaissance d’une vie sexuelle active à tous les handicapés qui le souhaitent.

La sexualité des handicapés n’est plus un réel tabou en France, même si malheureusement, la vie sexuelle de certains d’entre eux peut encore ressembler au roman que Régine DESFORGES  publie en ce début 2012 : « Toutes les femmes s’appellent Marie », dans lequel la mère d’un jeune handicapé finira par répondre à ses besoins sexuels jusqu’à en être enceinte.(2)

En France en 2012, l’assistance sexuelle, c’est-à-dire : fournir un service de temps de tendresse, sensualité ou sexualité contre paiement aux personnes handicapées,  est assimilée à  de la prostitution. La loi de 2005 régissant les accompagnements des handicapés dans leurs projets de vie a « omis » le domaine de la sexualité : pourquoi ???

En France aussi, en septembre 2011, des personnalités, historiens, hommes de lettres ou philosophes, ainsi que des militantes féministes se sont fermement  opposés à la création d’un métier d’assistant sexuel pour les personnes handicapées, par crainte de voir se créer là un autre asservissement du corps des femmes. Mais comment rester insensible aux arguments invoqués par divers groupes de réflexions, dont les associations féministes sont les fers de lance : comment autoriser n’importe quelle forme de marchandisation du corps humain ? N’approche t on pas réellement d’un risque de banalisation d’une forme de prostitution ?

Pourtant ailleurs, et dès les années 1980, aux Etats-Unis, dans le Nord de l’Europe, et en Israël, à présent aussi en Europe du Sud,  des personnes ont été et sont formées, afin de fournir une assistance sexuelle aux handicapés. L’accompagnement sexuel est là, assuré par des hommes et des femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle, pratiquant la prostitution ou exerçant dans les milieux paramédicaux, sociaux et médico-sociaux, suivant les contextes de chaque pays. Leur activité, prestation, peut aller du simple corps à corps à la pénétration, en passant par la masturbation. L’assistance sexuelle encadrée à laquelle ces personnes sont formées par des professionnels de la relation, de la psychologie et du handicap ainsi que des sexologues,  consiste à prodiguer, dans le respect, une attention sensuelle, érotique et/ou sexuelle à une personne en situation de handicap ou à permettre – à leur demande – l’acte sexuel à deux personnes qui ne peuvent l’accomplir sans aide.

Pour CH(S)OSE, un service d’accompagnement sexuel  doit être « un service d’information, de mise en relation et d’aide à la formulation de la demande de la personne en situation de handicap avec l’assistant sexuel ».

Si le droit à une vie sexuelle ne peut se discuter pour les personnes handicapées, la création de contextes sécures tant sur le plan sexuel que sur le plan relationnel, pour leur permettre de la vivre dans ou hors les institutions, est encore loin de la réalité française. Les discussions sont vives encore entre les associations d’handicapés et les pouvoirs publics pour déterminer dans l’intérêt des personnes à qui l’on s’adresse, un service qui réponde à leur réelle demande. Les questions se posent encore sur l’éventail possible des interventions des « aidants sexuels » : du besoin de voir un corps d’un autre sexe dénudé (ce qui ne s’est jamais produit pour certain(e)s d’entre eux), au besoin de contact corporel, de toucher sensuel, de caresses globales à toutes les formes d’éveils de la sensualité jusqu’à la masturbation, et/ou l’apprentissage par la personne concernée (quand c’est possible) de la masturbation.  Un relatif consensus semble se dessiner aujourd’hui pour des interventions possibles dans ces limites. Toute forme de pénétration serait exclue du champ de ces services.  Et cette limite là pourrait marquer une limite claire avec le champ de la prostitution, une limite physique repérable et sans ambiguïté.

Jusqu’où est elle réaliste dans le moment vécu par la personne qui bénéficie de ce temps d’intimité ? Et puis la question se pose du possible attachement entre les protagonistes : devrait on changer d’assistant(e) pour ne pas générer d’attachement, voire de dépendance, ou bien ne pas en changer pour garantir une plus grande sécurité dans le service convenu ?

Et contenant toutes les autres questions celle du questionnement éthique : qu’en est il de l’ingérence de tous ces tiers , depuis les décideurs jusqu’aux entourages médicaux, para médicaux, et parentaux, dans l’intime de l’intime de la personne handicapée : qui pour décider de la réponse à leur désir ? Qui pour les aider à la conscience, à la formulation, à « l’éducation » de ce désir ?

Références

(1)Communiqué de Presse de l’association CH(S)OSE : http://www.sehp.ch/PDF/CH_S_OSECommunique_de_presse.pdf

(2)Régine DESFORGES – toutes les femmes s’appellent Marie – Ed Hugo & Cie – Janvier 2012

Le site Faire-Face pour toutes les questions liées au quotidien du handicap

Article paru dans Sexualités Humaines n°12 janvier/février mars 2012

Quand la parole est d’or : les violences sexuelles conjugales

«Le vrai mal a un visage que tu connais et une voix à laquelle tu fais confiance »

Anonyme

Ce mois de Juin 2011, une campagne d’information a été lancée par le Collectif Féministe Contre le Viol conjugal.

Nous en sommes en octobre et j’entends cette information pendant quelques secondes sur une radio nationale bien connue que j’écoute pourtant attentivement chaque matin. C’est pourtant la première fois que j’en prends connaissance.
Une campagne discrète ? mal relayée ? Un sujet encore tabou ?
30 % des viols déclarés par les femmes (qui constituent, d’après différentes sources seulement de 1/3 à la moitié des viols réels) seraient le fait de leur conjoint ou partenaire.
Dans le cadre du couple repérer et reconnaître la frontière avec le viol est bien plus ténue. Difficile pour la victime de reconnaître la réalité du crime. Difficile pour le conjoint de se regarder, d’être regardé, dans la peau de l’agresseur. Difficile, impossible le plus souvent, de mettre les mots dans les couples pour se dire le passage à l’acte, l’impensable, la violence tellement subtile parfois, et qui pourtant fait basculer la relation dans un autre espace, un autre temps, un autre style.


Si en 1810 la légalisation du « devoir conjugal » rendait donc par définition le viol conjugal impossible, depuis 1990 la notion de viol conjugal existe dans la jurisprudence française confirmée en 1992 par la Cour de cassation. Elle affirme clairement que « la présomption de consentement des époux aux actes sexuels ne vaut que jusqu’à preuve contraire ». Depuis 2006, la loi sur les violences conjugales reconnaît de plus, que le viol de l’épouse est une circonstance aggravante.

Mais l’application de la loi devant les instances juridiques comme l’inscription de la limite qu’elle instaure dans le comportement sexuel entre conjoints, restent encore incertaines et floues dans leur mise en œuvre.
Certains couples conservent encore l’idée que tout est permis dans l’intime de la relation à 2, tout. Pour d’autres encore trop nombreux, la notion de l’acte sexuel consenti par les 2 partenaires est absente, vague, déniée ou même refusée à la femme.
Comment dans nos cabinets, nos associations, nos lieux de parole, parler mieux, clair, et ouvrir à la conscience de ce qu’est un acte sexuel librement consenti ?
Pour ces femmes qui disent encore si fréquemment et parfois sans émotion apparente, et sans hésitation : « j’en ai pas envie, mais faut bien le faire » « je me suis forcée » « il m’a forcé » « si je refuse, la vie à la maison est pourrie pour la semaine ». Aucune de celles là au moment où elle parle n’imaginerait un seul instant qualifier ce moment où elle cède, où elle subit, de viol conjugal.

Comment parler de consentement à ces femmes et apprécier la réalité de ce consentement avec celles encore plus nombreuses qui ne désirent plus mais aiment encore, celles qui n’aiment plus mais souhaitent pourtant conserver cette relation, compagnonnage dans lequel « avoir la paix » est le plus important.

Tout rapport sexuel non désiré complètement est- il de l’ordre du viol ?
Le non désir équivaut – il au non consentement ? Accepter sans réel désir est – il subir ?
Parler sans les fermer à la réflexion, au dialogue, à ces conjoints, qui arrogants, inconscients ou maladroits, revendiquent le droit à l’assouvissement de « leurs besoins naturels d’homme ». Nous faut – il les penser tous en violeurs potentiels ?
Savons – nous parler avec eux, de leur insistance d’homme, de ce moment où l’insistance devient violence, violence relationnelle conduisant à la violence sexuelle sans que même parfois il n’y ait eu de signes d’énervement. L’insistance face au silence, à la passivité, la crainte aussi d’une conjointe qui voudrait qu’il comprenne mais ne sait pas lui faire savoir son « non ».

Selon les termes légaux, pour être valide le consentement doit être clair pour chaque participant à l’acte. Le refus lui peut être clair lorsqu’il est exprimé en paroles ou en gestes. Mais les silences, les moues ou l’absence de mouvements ?
«Qui ne dit mot consent» ne s’applique pas au consentement en matière sexuelle.
Une motivation qui ne s’exprimerait que par « oui ou non » serait – elle introduction au désir ou au contrat ?
Sans aucun doute, en tant que cliniciens nous avons un rôle, une fonction, une vigilance à mettre en place sur cet aspect du consentement dans toutes les situations de discorde sexuelle de nos consultants.
Un devoir d’information, de formation à la parole claire et élaborée, à l’expression de son positionnement. Une place à tenir dans l’apprentissage du « savoir formuler et entendre » valable pour chaque rencontre sexuelle à priori discordante. Avec créativité, légèreté, humour ou plus de gravité et de poids dans les termes employés en fonction des situations qui nous sont présentés. Adaptée à la qualité d’écoute et d’attention et de dialogue déployée par le couple présent.
Un aspect sur lequel nous n’avons pas, pour beaucoup de cliniciens encore il semble, suffisamment le réflexe d’accorder du temps et de l’espace pour penser et parler ce préalable à la rencontre sexuelle : l’espace/temps de « l’intérêt sexuel » avant même celui du désir. Le temps d’introspection que chacun peut apprendre à se donner pour entendre sa motivation à l’acte et celui de la manifester à l’autre de façon authentique et respectueuse de soi et de l’autre.

En associant le jeu et la conscience : mais n’est ce pas là toute la science de l’érotisme ? : le risque de se dire.


« Il n’y a jamais de parade ou de conquête amoureuse – moins encore d’érotisme- qui ne comporte une part de risque » Dr Paul Bensoussan

Références

Dr Paul BENSOUSSAN – Le désir criminel – Ed Odile Jacob – 2004
Marcela Iacub – Le crime était presque sexuel – Flammarion 2011
0 800 05 95 95 – Collectif Féministe Contre le Viol – http://www.cfcv.asso.fr

Article paru dans Sexualités Humaines n°11 octobre/novembre/décembre 2011

Femmes, sources et controverses : l’éjaculation au féminin

« L’aîné de tous, c’est le désir d’amour
que nul ne pourra dépasser
ni chez les dieux, ni chez les morts
ni chez les hommes.
Hommage à toi qui es l’aîné de tous,
le plus grand dans le monde. »
(Atharva-Veda IX.2.19)


« …Dans le mitan du lit la rivière est profonde lon la …. »
Chanson populaire « Aux marches du palais »

Un seul fait indéniable : certaines femmes expulsent un jet liquide, d’intensité et de volume variables, dans des moments d’orgasme.
Les témoignages de celles, privilégiées dans cette déjà – minorité de bienheureuses, qui connaissent « les grandes fontaines », évoquent l’intensité fulgurante qui les traverse de ces orgasmes vécus dans le paradoxe d’un abandon total conjugué à une sensation de puissance infinie ; sensation qui demeure ainsi, longtemps après que la fontaine ait coulée.

Un consensus : La plupart des sexologues en parlent comme des « femmes – fontaines » suivant l’expression utilisée par Frédérique Gruyer, psychanalyste, lors de la parution du premier ouvrage français consacré à ce thème en 1984 (1) ou de façon plus technique comme de « l’éjaculation féminine ».
Tout le reste sur ce sujet, reste encore hypothèses, questions, débats et controverses.

Pour le grand public, les avis (à consulter les différents et nombreux forums web sur ce thème) semblent se diviser en 2 catégories principales entre celles « qui l’ont » et se demandent si tout cela est bien normal, et celles « qui ne l’ont pas » et se demandent si … tout cela est bien normal. Avec un petit pourcentage de celles qui le vivent, en sont assez fières sans en faire étalage et de quelques autres qui le « revendiquent » et veulent aider les autres à y parvenir pour une pleine jouissance de leur corps de femmes.
Pour les scientifiques, il semble qu’une partie d’entre eux campe encore sur un certain scepticisme ; en tous cas c’est ce que disent ceux qui affirment que l’éjaculation des femmes n’est pas une hypothèse mais un fait et pourtant se divisent encore sur les différentes hypothèses concernant la réalité du processus aboutissant à l’éjaculation. Car si certains contestent encore l’idée même d’une éjaculation féminine, ou doutent encore qu’il s’agisse d’autre chose que d’une perte urinaire, certaines voix comme le sexologue Gérard Leleu (2) ou l’auteure militante Deborah Sundahl (3) font remonter l’observation de ce phénomène à l’Antiquité (entre 2000 avant JC dans la culture de l’Inde à 600 avant JC en Grèce ou à Rome en passant par la Chine taoïste), sous l’appellation d’ «écoulement tantrique», « nectar des Dieux » ou « liqueur féconde ».
Pour celles qui le vivent, l’assument, le disent et en tirent une jouissance recherchée, ce moment de plaisir intense est souvent associé à une vision plus spirituelle, mystique de la sexualité.

Si vous tapez aujourd’hui « éjaculation féminine » sur un moteur de recherche bien connu sur Internet, vous aurez quelque chose comme 170 000 résultats dont la plus grande part consiste en des références de sites pornographiques (pour exemple : «Ejaculation féminine d’une pétasse bien baisée » ça donne envie !) et « femme fontaine » produira environ 2 090 000 résultats avec le même genre de perles rares, en majorité. (femmefontainex.com). En questionnant sur la « prostate féminine » il est enfin possible d’avoir plus facilement des informations précises, mais combien dans le grand public savent, eh oui, que les femmes possèdent une prostate et feront une recherche sur ce mot ?

Alors nous voici sur ce thème, d’abord projetés au cœur d’un fantasme très recherché et excitant la curiosité des hommes comme des femmes, ensuite dans une controverse scientifique non encore soldée. Et plus étonnant encore, de constater qu’à ce jour, on ne trouve sur le sujet que peu de sites d’informations fiables à disposition du grand public, en regard d’une telle curiosité et de noter que pour avoir des informations basiques accessibles facilement, il est nécessaire de taper les mots clés : « éjaculation féminine : mythe ou réalité » !
Commençons donc par une rapide synthèse aussi actualisée que possible sur les connaissances dont chacun peut disposer avec un peu de patience.
Un peu de physiologie : glandes de Skene, point G, prostate.
Dans le monde scientifique occidental on fait remonter de façon unanime la première découverte du lieu d’origine de cette émission à De Graaf, à la fin du 17e siècle. Un autre tournant important de découverte aura lieu 2 siècles plus tard, avec la mise au jour d’une « prostate vestige » : les glandes (qui portent son nom) par De Skene à la fin du 19e siècle. Un siècle plus tard environ, Huffman dans le milieu du 20e siècle conteste l’aspect « vestigial » de cette prostate féminine, et vers la fin de ce même siècle, Beverly Whipple et al. relient clairement le « Point G » (initialement découvert par Gräfenberg un peu plus tôt dans le siècle) à l’éjaculation des femmes et l’ensemble à l’intensité du plaisir que les jets émis signent.
Enfin le tout début du 21e siècle va voir s’officialiser l’emploi du terme de « prostate féminine » à la suite des travaux de Zaviacic (4) et l’acception de ce terme pour désigner ensemble : les glandes et canaux para – urétraux, les tissus érectiles entourant l’urètre dont le fameux Point G et des capteurs sensibles, semblables aux corpuscules de volupté de Krause de toute cette zone, avec une fonction exocrine (produire et excréter du liquide) et neuro-endocrine. Il est établi aussi qu’il existe plusieurs morphologies de prostate féminine, à la différence de la prostate masculine. Elle est branchée dans l’urètre par de multiples canaux et le liquide est expulsé par l’urètre. La quantité de liquide est variable à chaque expulsion pour une même femme et bien sûr variable pour les femmes entre elles, sachant que les expulsions volumineuses (200 ml et plus) sont des faits rapportés seulement par une petite minorité des « femmes – sources ».

Les controverses :
A partir de ce consensus minimal, moult questions et mystères restent à résoudre pour les chercheurs.
Les femmes sont elles toutes équipées d’une prostate fonctionnelle ?
Dans l’article de Zaviavic, une réserve est clairement indiquée : « si on élimine les formes rudimentaires, on retrouvera au moins 90% de femmes avec prostate ».
Sundhal, de son côté, en parle comme si toutes les femmes avaient une prostate fonctionnelle et Leleu reste assez général et flou sur le sujet.
La prostate joue un rôle dans la jouissance vaginale, et aussi donc dans l’intensité de l’orgasme par stimulation vaginale.
A l’identique, les versions sur l’anatomie précise du point G divergent : le substrat physiologique n’ayant pas pu encore être totalement démontré, faute d’études rigoureuses suffisantes.
Pour Zaviavic : « “Le type postérieur” de prostate féminine, caractérisé par la présence de tissu prostatique plus riche dans l’urètre postérieur vers le col vésical, n’a été retrouvé que dans 10 % de nos études sur pièces d’autopsie. C’est seulement dans ce nombre de cas relativement faible qu’il pourrait y avoir une correspondance entre point G et localisation de tissu prostatique féminin.
Pour Leleu, pas d’hésitation : « le point G correspond à la partie de la prostate située entre la partie antérieure du vagin et l’urètre »
Et pour Sundahl, le ton est aussi affirmatif : « le point G est défini comme étant à la fois cette fameuse prostate et le réseau de tissu érectile similaire à celui observé chez l’homme ».
Affirmation encore chez Andrée Matteau, pour qui le point G serait une partie de la structure clitoridienne : « La partie extérieure et visible du clitoris, c’est cette petite perle que tout le monde peut identifier. Mais cette structure comporte également des nerfs qui aboutissent à l’intérieur du vagin, comme des pattes qui se rejoignent dans ces éponges que le docteur Grafenberg a bien vaniteusement appelé le point G. »(5)
Quant à savoir si Point G et/ou prostate féminine sont les lieux d’origine et de déclenchement des eaux féminines, là encore un certain flou demeure.
Nul ne conteste le potentiel hautement érotique du Point G depuis sa mise en avant dans le milieu du 20e siècle, et sa participation au déclenchement du processus d’émission fait là aussi consensus. Même si certains experts sur le Net affirment encore que seulement certains points G seraient à même de déclencher le jet : « L’éjaculation féminine, chez une femme fontaine, ne se produit que chez certaines femme qui ont une particularité anatomique au niveau du point G. C’est assez rare, et il est impossible de déclencher une éjaculation si cette particularité anatomique n’existe pas. » (Site Sexoconseil)
L’expulsion elle-même se fait par l’urètre, là aussi depuis les travaux de Zaviavic, la plupart des médecins se sont ralliés à cette version, quoique certains disent encore, à la suite de Skene, qu’elle se produit par les canaux prostatiques débouchant à côté du méat urétral.
Enfin certains médecins, et les « éducatrices sexuelles » américaines maintiennent que l’excitation bien conduite par la femme elle –même ou par son partenaire amènera de façon sûre à une éjaculation. Mais celle – ci « sera ou non accompagnée d’orgasme ». Par la femme elle-même, veut dire par toute femme qui le souhaite et en fait l’apprentissage.
En effet la majeure partie de ceux qui écrivent sur le thème affirment que l’expulsion n’est pas systématiquement associée à l’orgasme, et peut exister par elle-même comme résultante de la « juste » excitation.
Les recherches du docteur Cabello Santa Maria Paco en 2001 ont donné un résultat de 75% de femmes éjaculant sur l’échantillon consulté (220 femmes).
Il reste donc à se demander quel intérêt donc pour une fontaine sans jouissance, et à questionner aussi cette jouissance.

Alors « bienheureuses privilégiées par la Nature, ou résultat d’un apprentissage bien conduit ? »
Dans les témoignages de ces « femmes-sources », qui sont encore une minorité parmi les femmes, il est possible de retrouver en gros 3 catégories de femmes : celles qui apprennent « une technique d’expulsion » parce que c’est aujourd’hui associé dans certains cercles à être une vraie femme, ou pour faire plaisir à leur homme qui lui aussi croit que sans cela sa compagne n’est pas vraiment libérée.
Ensuite, celles qui l’ont expérimenté spontanément quelques fois dans leur vie, l’expérimentent encore comme un « complément » agréable de leurs jeux amoureux, avec des eaux peu abondantes et irrégulières. Et celles qui ont été « renversées » au sens littéral du terme : emportées, ravies dans une jouissance comparable à aucune autre.

Sur un plan technique, et pour l’apprentissage de l’expulsion, dans toutes ses précisions l’ouvrage de Sundahl est complet, avec cette capacité à soutenir toutes les femmes dans l’accès à l’excitation et l’expulsion conséquente à l’acmé de l’excitation. Celles qui sont déjà « fontaines » et l’apprécient, trouveront là si elles le souhaitent, matière à raffiner, approfondir leur expérience sensorielle. Pour chacune dans cette apprentissage, il est possible de découvrir la « texture » différente qui enveloppe l’orgasme « avec fontaine », et les différences propres à chaque orgasme : la tonalité (comme l’on dirait d’un chant) propre à chacun.
Concernant le plaisir et le lieu d’origine du plaisir : les expulsions accompagnées d’orgasme sont présentées parfois comme plutôt accompagnant un orgasme clitoridien, en rappelant que le Point G est parfois indiqué comme relié par les tissus érectiles au clitoris, voire partie interne du clitoris, ou le plus souvent plutôt accompagnant un orgasme mixte (clitoridien et vaginal).
Dans l’expérience rapportée, les « femmes – sources » qui les vivent régulièrement et intensément, relient quasi constamment le phénomène à deux éléments d’égale importance pour elles. D’une part : le contexte vécu et partagé avec le partenaire : la présence de la « source » comme signe de confirmation ou de valorisation de la qualité de la relation. La « source » en témoignage de l’ambiance de confiance, de connivence érotique et relationnelle, des préliminaires sensuels, élaborés et sur une durée conséquente, et dans le prolongement d’une montée du plaisir porté à son incandescence qui s’externalise à son sommet dans ce jet puissant. Le deuxième élément leur appartient en tant que femme : une certaine maturité sexuelle réunissant la connaissance de leur corps, l’aisance dans le corps à corps, et la capacité à l’abandon sensuel et émotionnel total qui participe tout autant de l’intensité du plaisir ressenti que de la puissance du jaillissement. De plus le flot confirme l’intensité et la réalité d’une jouissance authentique ; ce flot qui ne peut être contrefait ou forcé, à la différence des mimiques et des gémissements. « Si l’hypothèse physiologique tient, on pourrait dire que la femme fontaine est la femme super orgasmique. » (Dr Desvaux)

Alors toute femme est elle une « source endormie » ou bien certaines femmes seulement, rares, sont des « femmes – sources » ? La plupart des auteurs restent toujours d’avis qu’une minorité des femmes éjacule et que la plupart ne le fait pas, voire ne le pourrait pas.
Une question reste à ce jour sans réponse ni hypothèse : quelle est la fonction de cette expulsion de liquide, sur le plan biologique ? On sait seulement qu’elle ne sert ni à la reproduction, comme les chercheurs pionniers en avaient la croyance, ni à la lubrification comme leurs successeurs le croyaient. A ce jour la réponse est donc que cela ne sert à rien pour les scientifiques, comme le laisse entendre les auteurs du « secret des femmes »(7) : « la prostate féminine illustre à merveille cette caractéristique qui s’est déjà imposée au sujet de l’orgasme, à savoir son caractère accessoire. »

Enfin, même si il est scientifiquement établi que le terme prostate est approprié pour désigner le lieu de production et d’origine de la « source féminine », il est possible encore de questionner l’adéquation du terme éjaculation pour désigner l’expulsion. D’une part, parce que le terme est associé, lié de façon indéfectible à la notion de virilité et d’autre part, parce qu’il transporte une notion de fertilité qui ne se justifie pas lorsqu’on parle des femmes : leur éjaculat ne transporte rien qui s’y rattache.
Sans doute conviendrait il d’utiliser pour les femmes un mot/image convoyeur de leur féminité, et de cette qualité particulière et encore mystérieuse de ces émissions : c’est en plus, « de surcroît » pour paraphraser un mot célèbre, et aussi l’incarnation, la mise « en chair » de ce « plus » : plus de jouissance, plus d’abandon, plus d’intensité, plus de partage, plus de célébration, comme si la femme, au plus fort, au plus profond de sa féminité ne savait que « mettre au monde » : incarner, donner naissance, partager, manifester.
« La source » comme manifestation de son Essence, de son « Etre-Femme », de sa puissance créatrice.
Peut être est – ce l’intuition qu’en ont eu les civilisations tantriques de l’Inde Ancienne, ou de Chine taoïste, ou de notre antique Grèce dans le rituel, la dévotion et la fascination qu’ils manifestaient devant ces jaillissements féminins.

Et parce que je ne peux résister à l’attrait de ce chant magnifique pour conclure :
« Elle est un jardin bien clos, ma sœur, ma fiancée
Un jardin bien clos, une source scellée.
Tes jets font un verger de grenadiers

Source qui féconde les jardins,
puits d’eau vive, ruisseaux dévalant du Liban. »
(Cantique des Cantiques) – 3ème poème

Références

  1. GRUYER Frédérique – Ce paradis trop violent – Ed R Laffont – 1984
  2. LELEU Gérard – Traité des orgasmes – Ed Leduc S – 2007
  3. SUNDAHL Deborah – Tout savoir sur le point G et l’éjaculation féminine – Ed Tabou – 2005
  4. ZAVIACIC et al. – La prostate féminine : historique, morphologie fonctionnelle et implications en sexologie – Sexologies, vol XI, n°41, 2001
  5. MATTEAU Andrée –  article dans Gazette des Femmes – 2003
  6. MATTEAU Andrée –  Vagin et ses amis interviewés – Ed de Cram – 2003
  7. BRUNE Elisa et FERROUL Yves – Le secret des femmes : voyage au cœur du plaisir et de la jouissance – Ed Odile Jacob – 2010

Films :

  1. IMAMURA Shohei – De l’eau tiède sous un pont rouge – 2001
  2. CORRINGER Catherine – this is the Girl – 2004
  3. SPRINKLE Annie – Deep inside – 1981

Sites :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ejaculation_feminine

http://www.lelitconjugal.info

http ://www. babeland. com/sexinfo/howto/female-ejaculate

http://www.clitoris-film.com/

Article paru dans Sexualités Humaines n°7 octobre/novembre/décembre 2010

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