Sommaire

Femme libre - Vivre décoiffée

Theme 1 - Ejaculation féminine

Theme 2 - La fin du masculin

Chronique 2 - Quand la parole est d'or

 

FEMME LIBRE - VIVRE DÉCOIFFÉE

J'ai appris aujourd'hui qu'il faut laisser la vie nous décoiffer, c'est pourquoi j'ai décidé de profiter de la vie avec une plus grande intensité…
Le monde est fou. Définitivement fou…
Ce qui est bon, fait grossir.
Ce qui est joli est cher.
Le soleil qui illumine le visage le fait rider.
Et ce qui est réellement bon dans cette vie, décoiffe…
- Faire l'amour, décoiffe.
- Rire aux éclats, décoiffe.
- Voyager, voler, courir, plonger dans la mer, décoiffe.
- Se déshabiller, décoiffe.
- Embrasser la personne aimée, décoiffe.
- Jouer, décoiffe.
- Chanter jusqu'à manquer d'air, décoiffe.
- Danser jusqu'à ce que se demander si mettre des hauts talons ce soir a été une bonne idée , laisse les cheveux méconnaissables…
Donc comme toujours, chaque fois que nous nous voyions, je suis ébouriffée…
Toutefois, n'ayez aucun doute, c'est que je serai en train de passer les instants les plus heureux de ma vie.
C'est la loi de la vie : décoiffée sera la femme qui choisit d'aller dans le premier wagon de la montagne russe, et non celle celle qui choisit de ne pas y monter.
Il se peut que je me sente tentée d'être une femme impeccable, coiffée et bien repassée de l'intérieur et de l'extérieur.
L'opinion général de ce monde exige bonne présentation : Coiffe toi, tiens-toi, sors, achète, cours, maigris, mange sain, marche droit, sois sérieuse…
Et il serait peut-être bon de suivre les instructions mais quand donneront-elles l'ordre d'être heureux ?
On ne se rend peut-être pas compte que pour paraître belle , je dois me sentir belle… La personne la plus jolie qui puisse être !
La seule chose qui importe réellement est qu'en se regardant dans un miroir, on puisse voir la femme que l'on doit être.
C'est pourquoi ma recommandation à toutes les femmes et pourquoi pas aux hommes :
Donne toi à fond, Mange de bonnes choses, Embrasse, Enlace, Fais l'amour, Danse, Tombe amoureuse, Détends toi , Voyage, Saute, Couche toi tard, Lève toi tôt , Cours, Vole, Chante, Fais toi jolie, Mets toi à l'aise, Admire le paysage, Jouis , et surtout, laisse la vie te décoiffer ! ! !
Le pire qui peut t'arriver est de devoir, en souriant face au miroir, te recoiffer.

THEME 1   : EJACULATION FEMININE

article paru dans la Revue "Sexualités Humaines" (2011)

 

Femmes, Sources et controverses : l’éjaculation au féminin

Dominique Deraita

 

 

L'aîné de tous, c'est le désir d'amour

que nul ne pourra dépasser

ni chez les dieux, ni chez les morts

ni chez les hommes.

Hommage à toi qui es l'aîné de tous,

le plus grand dans le monde.

 

(Atharva-Veda IX.2.19)

 

«  …dans le mitan du lit la rivière est profonde lon la …. »

Chanson populaire « Aux marches du palais »

 

 

Un seul fait indéniable : certaines femmes expulsent un jet liquide, d’intensité et de volume variables, dans des moments d’orgasme.

Les témoignages de celles, privilégiées dans cette déjà-minorité de bienheureuses, qui connaissent « les grandes fontaines », évoquent l’intensité fulgurante qui les traverse de ces orgasmes vécus dans le  paradoxe d’un abandon total conjugué à une sensation de puissance infinie, sensation qui demeure ainsi, longtemps après que la fontaine ait coulée.

Un consensus : La plupart des sexologues en parlent comme des « femmes – fontaines » suivant l’expression utilisée par Frédérique Gruyer, psychanalyste, lors de la parution du premier ouvrage français consacré à ce thème en 1984 (1) ou de façon plus technique comme de « l’éjaculation féminine ».

Tout le reste sur ce sujet, reste encore hypothèses, questions, débats et controverses.

Pour le grand public, les avis (à consulter les différents et nombreux forums web sur ce thème) semblent se diviser en 2 catégories principales  entre celles « qui l’ont » et se demandent si tout cela est bien normal, et celles « qui ne l’ont pas » et se demandent si … tout cela est bien normal. Avec un petit pourcentage de celles qui le vivent, en sont assez fières sans en faire étalage et de quelques autres qui le « revendiquent » et  veulent aider les autres à y parvenir pour une pleine jouissance de leur corps de femmes.

Pour les scientifiques, il semble qu’une partie d’entre eux campe encore sur un certain scepticisme ; en tous cas c’est ce que disent ceux qui affirment que l’éjaculation des femmes n’est pas une hypothèse mais un fait et pourtant  se divisent encore sur les différentes hypothèses concernant la réalité du processus aboutissant à l’éjaculation. Car si certains contestent encore l’idée même d’une éjaculation féminine, ou doutent encore qu’il s’agisse d’autre chose que d’une perte urinaire, certaines voix comme le sexologue Gérard Leleu (2) ou l’auteure militante Deborah Sundahl(3) font remonter l’observation de ce phénomène  à l’Antiquité (entre 2000 avant JC dans la culture de l’Inde à 600 avant JC en Grèce ou à Rome en passant par la Chine taoïste), sous l’appellation d’ «écoulement tantrique», « nectar des Dieux » ou « liqueur féconde ».

 

Pour celles qui le vivent, l’assument, le disent et en tirent une jouissance recherchée, ce moment de plaisir intense est souvent associé à une vision plus spirituelle,mystique de la sexualité.

Si vous tapez aujourd’hui «  éjaculation féminine » sur un moteur de recherche bien connu sur Internet, vous aurez quelque chose comme 170 000 résultats dont la plus grande part consiste en des références de sites pornographiques (pour exemple : « Ejaculation féminine d'une pétasse bien baisée  » ça donne envie !) et  « femme fontaine » produira environ 2 090 000 résultats avec le même genre de perles rares en majorité (femmefontainex.com). En questionnant sur la « prostate féminine » il est enfin possible d’avoir plus facilement des informations précises, mais combien dans le grand public savent, eh oui, que les femmes possèdent une prostate et feront une recherche sur ce nom ?

Alors nous voici sur ce thème, d’abord projeté  au cœur d’un fantasme très recherché et excitant la curiosité des hommes comme des femmes, ensuite dans une controverse scientifique non encore soldée. Et plus étonnant encore, de constater qu’à ce jour, on ne trouve sur le sujet que peu de  sites d’informations fiables à disposition du grand public, en regard d’une telle curiosité et de noter que pour avoir des informations basiques accessibles facilement, il est nécessaire de taper les mots clés : « éjaculation féminine : mythe ou réalité » !

 

 

Commençons donc par une rapide synthèse aussi actualisée que possible sur les connaissances dont chacun peut disposer avec un peu de patience.

 

Un peu de physiologie : glandes de Skene, point G, prostate

Dans le monde scientifique occidental on fait remonter de façon unanime la première découverte du lieu d’origine de cette émission à De Graaf, à la fin du 17e siècle. Un autre tournant important de découverte aura lieu 2 siècles plus tard, avec la mise au jour d’une « prostate vestige » : les glandes (qui portent son nom)  par De Skene à la fin du 19e siècle.  Un siècle plus tard environ, Huffman d’abord  dans le milieu du 20e siècle conteste l’aspect « vestigial » de cette prostate féminine, et vers la fin de ce même  siècle, Beverly Whipple et al. relient clairement le « Point G » (initialement découvert par Gräfenberg un peu plus tôt dans le siècle) à l’éjaculation des femmes et l’ensemble à l’intensité du plaisir que les jets émis signent.

Enfin le tout  début du 21e siècle va voir s’officialiser l’emploi du terme de « prostate féminine » à la suite des travaux de Zaviacic (4) et l’acception de ce terme pour désigner ensemble : les glandes et canaux para urétraux, les tissus érectiles entourant l’urètre dont le fameux Point G  et des capteurs sensibles, semblables aux corpuscules de volupté de Krause de toute cette zone, avec une fonction exocrine (produire et excréter du liquide) et neuro-endocrine.  Il est établi aussi qu’il existe plusieurs morphologies de prostate féminine, à la différence de la prostate masculine. Elle est branchée dans l’urètre par de multiples canaux et le liquide est expulsé par l’urètre. La quantité de liquide est variable à chaque expulsion pour une même femme et bien sûr variable pour les femmes entre elles, sachant que les expulsions volumineuses (200 ml et plus) sont des faits rapportés seulement par une  petite minorité des « femmes – sources ».

 

Les controverses :

 

A partir de ce consensus minimal, moult questions et mystères restent à résoudre pour les chercheurs.

 

Les femmes sont elles toutes équipées d’une prostate fonctionnelle ?

Dans l’article de Zaviavic, une réserve est clairement indiquée : « si on élimine les formes rudimentaires, on retrouvera au moins 90% de femmes avec prostate ».

Sundhal, de son côté, en parle comme si toutes les femmes avaient une prostate fonctionnelle et Leleu reste assez général et flou sur le sujet.

La prostate joue un rôle dans la jouissance vaginale, et aussi donc dans l’intensité de l’orgasme par stimulation vaginale.

 

 

A l’identique, les versions sur l’anatomie précise du point G divergent : le substrat physiologique n’ayant pas pu encore être totalement démontré, faute d’études rigoureuses suffisantes.

Pour Zaviavic : « “Le type postérieur” de prostate féminine, caractérisé par la présence de tissu prostatique plus riche dans l’urètre postérieur vers le col vésical, n’a été retrouvé que dans 10 % de nos études sur pièces d’autopsie.

C’est seulement dans ce nombre de cas relativement faible qu’il pourrait  y avoir une correspondance entre point G et localisation de tissu prostatique féminin ».

Pour Leleu, pas d’hésitation : « le point G correspond à la partie de la prostate située entre la partie antérieure du vagin et l’urètre »

Et pour Sundahl, le ton est aussi affirmatif : «le point G est défini comme étant à la fois cette fameuse prostate et le réseau de tissu érectile similaire à celui observé chez l’homme ».

Affirmation encore chez Andrée Matteau, pour qui le point G serait une partie de la structure clitoridienne : « La partie extérieure et visible du clitoris, c'est cette petite perle que tout le monde peut identifier. Mais cette structure comporte également des nerfs qui aboutissent à l'intérieur du vagin, comme des pattes qui se rejoignent dans ces éponges que le docteur Grafenberg a bien vaniteusement appelé le point G. »(5)

 

Quant à savoir si Point G et/ou prostate féminine sont les lieux d’origine et de déclenchement des eaux féminines, là encore un certain flou demeure.

Nul ne conteste le potentiel hautement érotique du Point G depuis sa mise en avant dans le milieu du 20e siècle, et sa participation au déclenchement du processus d’émission fait là aussi consensus. Même si certains experts sur le Net affirment encore que seulement certains points G seraient à même de déclencher le jet : « L'éjaculation féminine, chez une femme fontaine, ne se produit que chez certaines femme qui ont une particularité anatomique au niveau du point G. C'est assez rare, et il est impossible de déclencher une éjaculation si cette particularité anatomique n'existe pas. » (Site Sexoconseil)

L’expulsion elle-même se fait par l’urètre, là aussi depuis les travaux de Zaviavic, la plupart des médecins se sont ralliés à cette version, quoique certains disent encore, à la suite de Skene, qu’elle se produit par les  canaux prostatiques débouchant à côté du méat urétral.

Enfin certains médecins, et les « éducatrices sexuelles » américaines maintiennent que l’excitation bien conduite par la femme elle –même ou par son partenaire amènera de façon sûre à une éjaculation. Mais celle – ci « sera ou non accompagnée d’orgasme ». Par la femme elle-même, veut dire par toute femme qui le souhaite et en fait l’apprentissage.

En effet la majeure partie de ceux qui écrivent sur le thème affirment que l’expulsion n’est pas systématiquement associée à l’orgasme, et peut exister par elle-même comme résultante de la « juste » excitation.

Les recherches du docteur Cabello Santa Maria Paco en 2001 ont donné un résultat de 75% de femmes éjaculant sur l’échantillon consulté (220 femmes).(7)

 

Il reste donc à se demander quel intérêt donc pour une fontaine sans jouissance, et à questionner aussi cette jouissance.

Alors « bienheureuses privilégiées par la Nature, ou résultat d’un apprentissage bien conduit ? »

Dans les témoignages de ces « femmes-sources », qui sont encore une minorité parmi les femmes, il est possible de retrouver en gros 3 catégories de femmes : celles qui apprennent « une technique d’expulsion » parce que c’est aujourd’hui associé dans certains cercles à être une vraie femme, ou pour faire plaisir à leur homme qui lui aussi croit que sans cela sa compagne n’est pas vraiment libérée.

Ensuite, celles qui l’ont expérimenté spontanément quelques fois dans leur vie, l’expérimentent encore comme un « complément » agréable de leurs jeux amoureux, avec des eaux peu abondantes et irrégulières. Et celles qui ont été « renversées » au sens littéral du terme : emportées, ravies dans une jouissance comparable à aucune autre.

Sur un plan technique, et pour l’apprentissage de l’expulsion, dans toutes ses précisions  l’ouvrage de Sundahl est complet, avec cette capacité à soutenir toutes les femmes dans l’accès à l’excitation et l’expulsion conséquente à l’acmé de l’excitation. Celles qui sont déjà « fontaines » et  l’apprécient, trouveront là si elles le souhaitent, matière à raffiner, approfondir leur expérience sensorielle. Pour chacune dans cette apprentissage, il est possible de découvrir la « texture » différente qui enveloppe l’orgasme « avec fontaine », et les différences propres à chaque orgasme : la tonalité (comme l’on dirait d’un chant) propre à chacun. 

Concernant le plaisir et le lieu d’origine du plaisir : les expulsions accompagnées d’orgasme sont présentées parfois comme plutôt accompagnant un orgasme clitoridien, en rappelant que le Point G est parfois indiqué comme relié par les tissus érectiles au clitoris, voire partie interne du clitoris, ou le plus souvent plutôt accompagnant un orgasme mixte (clitoridien et vaginal).

Dans l’expérience rapportée, les « femmes – sources » qui les vivent régulièrement et intensément, relient quasi constamment le phénomène à deux éléments d’égale importance pour elles. D’une part, le contexte vécu et partagé avec le partenaire : la présence de la « source » comme signe de confirmation ou de valorisation de la qualité de la relation. La « source » en témoignage de l’ambiance de confiance, de connivence érotique et relationnelle, des préliminaires sensuels, élaborés et sur une durée conséquente, et dans le prolongement d’une montée du plaisir porté à son incandescence qui s’externalise à son sommet dans ce jet puissant. Le deuxième élément leur appartient en tant que femme : une certaine maturité sexuelle réunissant la connaissance de leur corps, l’aisance dans le corps à corps, et la capacité à l’abandon sensuel et émotionnel total qui participe tout autant de l’intensité du plaisir ressenti que de la puissance du jaillissement. De plus le flot confirme l’intensité et la réalité d’une jouissance authentique ; ce flot qui ne peut être contrefait ou forcé, à la différence des mimiques et des gémissements. « Si l’hypothèse physiologique tient, on pourrait dire que la femme fontaine est la femme super orgasmique. » (Dr Desvaux)
Alors  toute femme est elle une « source endormie » ou bien certaines femmes seulement, rares, sont des « femmes - sources » ? La plupart des auteurs restent toujours d’avis qu’une minorité des femmes éjacule et que la plupart ne le fait pas, voire ne le pourrait pas.

 

Une question reste à ce jour sans réponse ni hypothèse : quelle est la fonction de cette expulsion de liquide, sur le plan biologique ? On sait seulement qu’elle ne sert ni à la reproduction, comme les chercheurs pionniers en avaient la croyance, ni à la lubrification comme leurs successeurs le croyaient. A ce jour la réponse est donc que cela ne sert à rien pour les scientifiques, comme le laisse entendre les auteurs du « secret des femmes »(8) : « la prostate féminine illustre à merveille cette caractéristique qui s’est déjà imposée au sujet de l’orgasme, à savoir son caractère accessoire. »

Enfin, même si il est scientifiquement établi que le terme prostate est approprié pour désigner le lieu de production et d’origine de la « source féminine », il est possible encore de questionner l’adéquation du terme éjaculation pour désigner l’expulsion. D’une part, parce que le terme est associé, lié de façon indéfectible à la notion de virilité et d’autre part, parce qu’il transporte une notion de fertilité qui ne se justifie pas lorsqu’on parle des femmes : leur éjaculat ne transporte rien qui s’y rattache.

 

Sans doute conviendrait il d’utiliser pour les femmes un mot/image convoyeur de leur féminité, et de cette qualité particulière et encore mystérieuse de ces émissions : c’est en plus, « de surcroît » pour paraphraser un mot célèbre, et aussi l’incarnation, la mise « en chair » de ce « plus » : plus de jouissance, plus d’abandon, plus d’intensité, plus de partage, plus de célébration, comme si la femme, au plus fort, au plus profond de sa féminité ne savait que « mettre au monde » : incarner, donner naissance, partager, manifester.

« La source » comme manifestation de son Essence, de son « Etre-Femme », de sa puissance créatrice.

Peut être est ce l’intuition qu’en ont eu les civilisations tantriques de l’Inde Ancienne, ou de Chine taoïste, ou de notre antique Grèce dans le rituel, la dévotion et la fascination qu’ils manifestaient devant ces jaillissements féminins.

 

Et parce que je ne peux résister à l’attrait de ce chant magnifique pour conclure :

 

Elle est un jardin bien clos, ma sœur, ma fiancée

Un jardin bien clos, une source scellée.

Tes jets font un verger de grenadiers

Source qui féconde les jardins,

puits d’eau vive, ruisseaux dévalant du Liban.

(Cantique des Cantiques) – 3ème poème

 

  

THEME 2 : LA FIN DU MASCULIN

article paru dans la Revue "Sexualités Humaines" (2013)


Des Maux du Mâle

Dominique Deraita 

 

Au plein cœur de l’été, le temps s’écoule paresseusement.. des plages aux terrasses des villes, tous les magazines vous le répètent en boucle, c’est l’heure des peaux dénudés, des corps offerts à la chaleur, et aux regards. L’heure de la sieste sage ou accompagnée, l’heure des soirées langoureuses et de la drague tous azimuts. Le « grand chasseur mâle » a sorti sa tenue estivale et arpente les lieux de villégiature pour le plus grand plaisir des  « femelles » éclatantes dans leurs bronzages et leurs mini tenues des grands soirs. Chacun joue sa partition dans ce bon vieux jeu du rapprochement, de la séduction pré formaté, du plaisir téléguidé et convenu qui – ils l’ont même dit aux informations nationales !! – est un élément essentiel de la vacance de l’être. Rassurant de voir et d’entendre que certaines choses ne sont pas menacées de disparition sur cette terre : dragueurs et dragués s’entendent encore pour jouer avec persistance et style et sans faillir le tango des périodes estivales. Et pourtant sous cette apparente répétition immuable d’un jeu intemporel, les lignes bougent plus de façon plus ou moins visible. Le « grand mâle » conquérant et entreprenant pourrait devenir une espèce en voie de disparition… si si ils le disent même dans les journaux !!

Ce qui est certain c’est qu’en 2013 des hommes s’interrogent, s’inquiètent, explorent et tentent de remettre en question cette évidence si enracinée de la solidité de la sexualité masculine. Qui reposait tranquillement jusque là sur les supposés d’une nature masculine instinctuelle simple et mécanique. « Ils ont ça dans le sang depuis la naissance, à cause des hormones et faut s’y faire… »

Et si l’intense activité libidinale de cet été leur en laisse le temps, les hommes pourront trouver des éclairages multiples sur une sexualité qui se montre aujourd’hui complexe, multiple, et ….fragile. Et ce sont des hommes qui le disent !!! Même si les bons vieux poncifs ont encore de beaux jours devant eux, comme le confirment nos spécialistes : Jacques ANDRE, professeur en psychopathologie, l’explique dans son dernier ouvrage (1), « malgré les évolutions de la société et notamment les bouleversements des relations entre hommes et femmes, l'inconscient, lui, n'a pas bougé. L'inconscient fait de la résistance, il est politiquement incorrect. » Celui là continue de promouvoir et faire vivre le distinguo des genres, quitte à créer des conflits chez l’homme moderne qui tente la réconciliation avec sa part féminine. Difficile conquête que celle de l’épanouissement de son identité sexuée.

Claude CREPAULT (2), sexoloanalyste réputé le rappelle à son tour : « Hélas, je dirais qu'aujourd'hui comme hier on a tendance à réduire le désir sexuel de l'homme à un simple mouvement pulsionnel, à un état de tension qui doit faire appel à une décharge orgastique (modèle hydraulique). On sous-estime la complexité de la sexualité masculine. »

75 % des femmes pensent encore que les hommes, par nature, ont plus de besoins sexuels qu’elles, contre 60 % des hommes ! Pour la sociodémographe Nathalie Bajos, l’inégalité touche tout autant la sphère de la sexualité que les autres sphères sociales.Le désir masculin serait donc encore totalement prisonnier des représentations sociales. (4)

 

Mais Claude Crépault  n’hésite pas à nous / leur montrer à ces hommes qui s’interrogent une piste à suivre, pour le moins dérangeante ! : « L'homme rentre dans le territoire d'Éros comme dans un refuge. Assez souvent, il se sert de la sexualité pour se réparer, lorsqu'il doute de sa masculinité notamment. C'est en réalité sa vulnérabilité qui intensifie sa libido. »

Mais qui finalement trouve tout à fait sa place dans l’environnement intime masculin actuel car oui … vulnérable il l’est cet homme moderne et de plus en plus. Revenons à Jacques ANDRE : « Avant la libération sexuelle, quand un homme séduisait une femme, souvent inexpérimentée, il ne subissait pas de pression quant à ses performances. Aujourd'hui, l'homme doit «assurer», car la femme a des attentes légitimes, vu les expériences qu'elle a déjà accumulées. » et pire encore : « Pour faire simple, les hommes sont perdus car ils ne peuvent plus distinguer la femme-maman qu'ils aiment et respectent, de la femme-putain qu'ils désirent, mais condamnent. »Et grâce à un autre sexologue bien connu, Sylvain MIMOUN (3), les futur(e)s dragué(e)s pourront rendre le défi plus acceptable en se rappelant à point nommé que « physiologiquement et psychiquement, un homme a toujours besoin d'être rassuré d'abord et stimulé ensuite. Il faut qu'il se sente en confiance pour avoir une érection » Mais mauvaise nouvelle sur ce thème là  …le quotidien suisse « le Matin »(5) rapporte qu’une étude britannique montre que la taille des sexes en érection a perdu2,45 cmen 10 ans, alors que nos bras et nos jambes s'allongent ; enquête réalisée sur un échantillon de 20 000 hommes.

Finalement .. peut être qu’ il serait prudent de s’informer avant de partir benoîtement draguer .. ça devient ..un sport à haut risque, qui réclame quelques notions préalables…Peut être sommes nous en train de vivre les derniers frémissements de ce jeu de la séduction masculin/féminin dans sa version traditionnelle. Quand l’automne ramènera la « rentrée » et le retour au « réel » que le terme sous entend, nous allons avoir à nous pencher  un peu plus encore sur cette vision nouvelle qui pourrait progressivement remettre en cause tout ce que nous connaissons et analysons aujourd’hui de ces comportements sexuels « genrés » : la « théorie du genre » pour penser plus loin les identités sexuelles.

Laissons le mot de la fin au spécialiste parce que même si inconfortable, se questionner est toujours une avancée pour l’humain : « Ce que la sexualité masculine a perdu en triomphe [...] elle l'a gagné en incertitude et en questions. » (1)

 

 

(1)   Sexualité masculine – Jacques ANDRE , PUF(que sais je ?), 2013

(2)   Sexualité masculine – Claude CREPAULT, Odile Jacob, 2013

(3)   La masturbation rend sourd : 300 idées reçues sur le sexe – Sylvain MIMOUN, Ed First, 2013

(4)   Mes questions sur le désir masculin – documentaire télévisé de Serge MOATI, France 5 2013

(5)   Quotidien LE MATIN, 6 juin 2013

 

 

 

Chronique 2 –novembre 2011

Quand la parole est d’or

Dominique Deraita

 

 

«Le vrai mal a un visage que tu connais et une voix à laquelle tu fais confiance » Anonyme

 

Ce mois de Juin 2011, une campagne d’information a été lancée par le Collectif Féministe Contre le Viol conjugal.

Nous en sommes en octobre et j’entends cette information pendant quelques secondes sur une radio nationale bien connue que j’écoute pourtant attentivement chaque matin. C’est pourtant la première fois que j’en prends connaissance.

Une campagne discrète ? mal relayée ? Un sujet encore tabou ?

30 % des viols déclarés par les femmes (qui constituent, d’après différentes sources seulement de 1/3 à la moitié des viols réels) seraient le fait de leur conjoint ou partenaire.

Dans le cadre du couple repérer et reconnaître la frontière avec le viol est bien plus ténue. Difficile pour la victime de reconnaître la réalité du crime. Difficile pour le conjoint de se regarder, d’être regardé, dans la peau de l’agresseur.

Difficile, impossible le plus souvent, de mettre les mots dans les couples pour se dire le passage à l’acte, l’impensable, la violence tellement subtile parfois, et qui pourtant fait basculer la relation dans un autre espace, un autre temps, un autre style.

 

Si en 1810 la légalisation du « devoir conjugal » rendait donc par définition le viol conjugal impossible, depuis 1990 la notion de viol conjugal existe dans la jurisprudence française confirmée en 1992 par la Cour de cassation qui affirme clairement que "la présomption de consentement des époux aux actes sexuels ne vaut que jusqu'à preuve contraire".Depuis 2006, la loi sur les violences conjugales reconnait de plus, que le viol de l’épouse est une circonstance aggravante.

Mais l’application de la loi devant les instances juridiques comme l’inscription de la limite qu’elle instaure dans le comportement sexuel entre conjoints, restent encore incertaines et floues dans leur mise en œuvre.

 

Certains couples conservent encore l’idée que tout est permis dans l’intime de la relation à 2, tout. Pour d’autres encore trop nombreux, la notion de l’acte sexuel consenti par les 2 partenaires est absente, vague, déniée ou même refusée à la femme.

Comment dans nos cabinets, nos associations, nos lieux de parole, parler mieux, clair, et ouvrir à la conscience de ce qu’est un acte sexuel librement consenti ?

Pour ces femmes qui disent encore si fréquemment et parfois sans émotion apparente, et sans hésitation : « j’en ai pas envie, mais faut bien le faire » « je me suis forcée » « il m’a forcé » « si je refuse, la vie à la maison est pourrie pour la semaine ». Aucune de celles là au moment où elle parle n’imaginerait un seul instant qualifier ce moment où elle cède, où elle subit, de viol conjugal.

Comment parler de consentement à ces femmes et apprécier la réalité de ce consentement avec celles encore plus nombreuses qui ne désirent plus mais aiment encore, celles qui n’aiment plus mais souhaitent pourtant conserver cette relation, compagnonnage dans lequel « avoir la paix » est le plus important.

Tout rapport sexuel non désiré complètement est il de l’ordre du viol ?

Le non désir équivaut il au non consentement ? Accepter sans réel désir est il subir ?

Parler sans les fermer à la réflexion, au dialogue, à ces conjoints, qui arrogants, inconscients ou maladroits, revendiquent le droit à l’assouvissement de « leurs besoins naturels d’homme ». Nous faut il les penser tous en violeurs potentiels ?

Savons nous parler avec eux, de leur insistance d’homme, de ce moment où l’insistance devient violence, violence relationnelle conduisant à la violence sexuelle sans que même parfois il n’y ait eu de signes d’énervement. L’insistance face au silence, à la passivité, la crainte aussi d’une conjointe qui voudrait qu’il comprenne mais ne sait pas lui faire faire savoir son « non ».

Selon les termes légaux, pour être valide le consentement doit être clair pour chaque participant à l’acte. Le refus lui peut être clair lorsqu’il est exprimé en paroles ou en gestes. Mais les silences, les moues ou l’absence de mouvements ?

« Qui ne dit mot consent » ne s’applique pas au consentement en matière sexuelle.

 

Une motivation qui ne s’exprimerait que par « oui ou non » serait elle introduction au désir ou au contrat ?

Sans aucun doute, en tant que cliniciens nous avons un rôle, une fonction, une vigilance à mettre en place sur cet aspect du consentement dans toutes les situations de discorde sexuelle de nos consultants.

Un devoir d’information, de formation à la parole claire et élaborée, à l’expression de son positionnement. Une place à tenir dans l’apprentissage du « savoir formuler et entendre » valable pour chaque rencontre sexuelle à priori discordante. Avec créativité, légèreté, humour ou plus de gravité et de poids dans les termes employés en fonction des situations qui nous sont présentés. Adapté à la qualité d’écoute et d’attention et de dialogue déployée par le couple présent.

Un aspect sur lequel nous n’avons pas, pour beaucoup de cliniciens encore il semble, suffisamment le réflexe d’accorder du temps et de l’espace pour penser et parler ce préalable à la rencontre sexuelle : l’espace/temps de « l’intérêt sexuel » avant même celui du désir. Le temps d’introspection que chacun peut apprendre à se donner pour entendre sa motivation à l’acte et celui de la manifester à l’autre de façon authentique et respectueuse de soi et de l’autre. En associant le jeu et la conscience : mais n’est ce pas là toute la science de l’érotisme ? : le risque de se dire.

« Il n’y a jamais de parade ou de conquête amoureuse – moins encore d’érotisme- qui ne comporte une part de risque » Dr Paul Bensoussan

 

 

Dr Paul BENSOUSSAN - le désir criminel- Ed Odile Jacob – 2004

Marcela Iacub – le crime était presque sexuel- Flammarion 2011

0 800 05 95 95, Collectif Féministe Contre le Viol, http://www.cfcv.asso.fr

 

Découvrez bientôt mes conseils